Fernand BERTRAND

de Thorembais-Saint-Trond

 

 

 

 

-        Allo !  Bonjour Monsieur.  Vous êtes bien colombophile ? Je rentre de congés et je trouve un de vos pigeonneaux chez moi.     Une jolie femelle rouge .

-        Oh c’est gentil, mais où habitez-vous ?

-        Villers-Perwin …

-        A mon âge, je n’ai plus la possibilité d’aller si loin ; j’habite Thorembais…  Si vous voulez, vous pouvez garder le pigeon , je vais  vous envoyer la carton.  C’est d’une bonne race, ça provient de mes Nagels …

-        Je vais faire autre chose : demain, je dois aller à Sombreffe.  Je le relâcherai  là-bas.  Il n’aura plus que quelques km à remonter jusqu’à chez vous …

-        Merci, c’est très gentil ; je n’élève que quelques jeunes  et cela me fait plaisir….

 

     C’est sur ce dialogue qu’a débuté ma rencontre avec  Fernand Bertrand.    Je ne le connaissais pas – on ne peux pas connaître tout le monde – si ce n’est de l’avoir vu ça et là sur les résultats de l’entente  des 4 et de Grand-Leez . 

Comme promis, le lendemain je vais faire mes emplettes au ‘Pigeon d’Or’ et emmène avec moi  la petite femelle …  Elle fait deux tours et disparait. 

Le soir, surprise !   La petite femelle rouge est sur le spoutnik … !  Je rappelle aussitôt  Fernand Bertrand … qui ne  décroche pas .  Je le rappelle le lendemain pour lui annoncer  la nouvelle …

« Je vais vous envoyer le carton », me dit-il …

« Non, non, je vais vous la ramener. Je peux venir de suite ? » en prétextant que je dois aller dans le coin..

Et c’est là que j’ai rencontré pour la première fois Mr Fernand.    Un homme simple, qui , à 78 ans , n’a sans doute plus beaucoup l’occasion d’avoir de la visite.   J’ai rarement vu un homme aussi heureux de retrouver  son pigeon… et fier de me montrer ses champions… 

« Je n’ai plus que 6 vieux, 4 jeunes d’un an et une douzaine de pigeonneaux ….     5 vieux plutôt car malheureusement je viens de perdre une de mes vedettes  le 19 septembre  »  ajoute t’il, les yeux humides .. et  il me sort un grand tableau avec une flopée de colonnes …

« Regardez  mes vedettes … »  et là il m’en bouche un coin :

·         Le 1529160/03   31 prix sur 32 engagements en 2010 , 21 prix sur 24 en 2009

·         Le 1525506/06   30 prix sur 32 engagements en 2010 dont    3 x 1er  - C’est lui, hélas, qui n’est pas rentré le 19 septembre.     (*)

·         Le 8026115/09  17 prix sur 18 engagements dont 1 x 1er

·         Le 8026494/09  17 prix sur 18 engagements

Un tel taux de réussite n’est pas à la portée de tout le monde.  Et ici, j’ai à faire avec un véritable spécialiste, sévère dans sa sélection, passionné par son hobby, modeste et simple ; il ne courre pas les championnats – avec une si petite colonie, ce n’est guère possible.

Sa colonie basée sur les Nagels  , les Vinois et sur un pigeon de Planck (ou Planque, ou Delplanque – la mémoire fait parfois défaut) de Haine-Saint-Paul .  La sélection est sévère – on s’en doutait. 

Fernand Bertrand se limite aux concours de vitesse qu’il enloge à Grand-Leez .  Ses pigeons sont traités à la dure et font généralement 2 concours chaque week-end du début à la fin de la saison   

Ses installations sont tout à fait modestes.  Un  pigeonnier de plus de trente ans avec eternit  à l’extérieur  «  mais qui fonctionne bien » .  Quelques problèmes de mobilité l’ont obligé à simplifier les soins : grillage métallique au sol nettoyé ... de temps en temps .  Heureusement, il s’est équipé d’électronique car il n’aurait plus pu constater ses pigeons à la main.

Je venais d'acheter mon nouveau joujou, et l'avais dans la voiture...  « Je peux prendre quelques photos ? » lui demandais-je.«Si vous voulez » dit-il en toute simplicité ...  Aussitôt dit, aussitôt fait, et c'est avec fierté qu'il me  fit l'honneur de la visite.

 

Le 1529160/03

     J’ai rencontré un homme simple dont les pigeons lui permettent d’oublier un peu  les aléas de la vie et l’aident à retrouver  le moral.  Son jardin, sa serre, quelques pigeons et quelques copains….  Tout un programme !

 

      J’ai retrouvé chez Fernand Bertrand un peu des racines de la colombophilie : dans des temps pas si si lointains, tout le monde avait quelques pigeons, pas beaucoup.  Les soigner n’était pas une corvée mais un délassement de quelques minutes chaque jours …  cela ne coûtait pas très cher en nourriture et les mettre au panier pour les conduire au local était un plaisir … y retrouver ses copains, un autre.  On est loin de la tendance actuelle de devoir entretenir de grosses colonies avec les coûts et les temps d’entretien  important mais sans doute pas le plaisir en proportion.  Je crois que si les jeunes pouvaient se contenter de quelques pigeons et admettre qu’il n’est pas impératif d’être en tête des championnats pour prendre du plaisir, la colombophilie pourrait se régénérer …  Je ne pourrais qu’exhorter les candidats colombophiles, jeunes ou moins jeunes, à rencontrer des gens comme Fernand.  Pour ceux que ça intéresse Fernand est prêt à initier tout qui voudraient se lancer ….

 

Un reportage de Jean-Jacques DANNEAU pour Star-pigeons.com 

 

 

 

 

 

(*)  Hasard de la vie, les choses se bousculent :  Pendant que je rédigeais cet article, je recevais un appel de la société de Grand-Leez me demandant de faire un appel  sur notre site pour essayer de retrouver  le pigeon de Fernand Bertrand